Le private equity — ou capital-investissement — est souvent perçu comme le domaine exclusif des grandes institutions : fonds de pension, family offices centenaires, banques privées genevoises. Cette perception est de moins en moins exacte. En Suisse, les opportunités d'accès se sont diversifiées, les tickets d'entrée ont baissé, et de nouveaux modèles permettent à des investisseurs indépendants sérieux de s'y positionner.

Ce guide est une introduction honnête : ce que le private equity est vraiment, comment y accéder en Suisse, et ce qu'il faut comprendre avant de s'y engager.

1. Qu'est-ce que le capital-investissement exactement ?

Le capital-investissement consiste à prendre des participations dans des sociétés non cotées en bourse. En échange d'un apport en capital, l'investisseur reçoit des actions ou des parts sociales, et espère réaliser une plus-value à la sortie — par cession à un autre investisseur, introduction en bourse, ou rachat par les fondateurs.

Les principales catégories :

2. Le marché suisse du private equity

La Suisse est un marché de private equity actif mais discret. Le tissu de PME familiales — plus de 99% des entreprises suisses ont moins de 250 employés — crée un flux constant d'opportunités de transmission et de co-investissement.

Genève et Zurich concentrent la majorité des fonds institutionnels, mais les opportunités réelles se trouvent souvent dans des secteurs moins médiatisés : industrie de précision, medtech, logiciels B2B, services aux entreprises. Des sociétés solides, discrètes, sans besoin de lever de fonds publics.

Type Ticket min. (CHF) Horizon Liquidité
Fonds PE institutionnel500'000 – 5M7–12 ansTrès faible
Club deal / co-invest100'000 – 500'0004–8 ansFaible
Plateforme PE (SICAR, etc.)25'000 – 100'0005–10 ansFaible à modérée
Direct (angel, seed)10'000 – 100'0005–10 ansQuasi nulle

3. Comment accéder au private equity en indépendant

Via les réseaux de co-investissement

Les clubs deal et syndicats d'investissement permettent à des investisseurs individuels de participer aux côtés d'un lead investor qui fait la due diligence et négocie les termes. Le ticket est divisé, le travail aussi. En Suisse, des réseaux comme Swiss Startup Association, SICTIC, ou des groupes plus informels organisent régulièrement ce type d'opérations.

Via des fonds en format EIS ou SICAR

Certains fonds européens accessibles depuis la Suisse (via SICAR luxembourgeois ou véhicules équivalents) permettent des entrées dès CHF 25'000–50'000. La liquidité reste très faible mais l'exposition à un portefeuille diversifié réduit le risque idiosyncratique.

En direct

L'investissement direct dans une PME suisse — via une prise de participation minoritaire ou un prêt convertible — est l'approche la plus risquée mais aussi la plus formatrice. Elle exige une vraie capacité d'analyse, un réseau pour sourcer les deals, et une tolérance à l'illiquidité totale pendant plusieurs années.

À retenir : Le private equity n'est pas une classe d'actifs "meilleure" que les marchés publics. C'est une classe d'actifs différente, avec des contraintes de liquidité sévères et des rendements très dispersés. La médiane des fonds PE sous-performe l'indice S&P 500. Le top quartile surperforme largement. Le problème : il est difficile d'identifier le top quartile à l'avance.

4. La due diligence : ce qu'il faut vraiment vérifier

Quelle que soit l'approche, la rigueur analytique est non négociable :

5. Le cadre réglementaire suisse

Investir dans des sociétés non cotées en Suisse en tant que particulier ne nécessite pas d'autorisation spécifique. En revanche, si vous investissez pour le compte de tiers, les règles FINMA s'appliquent immédiatement.

La LSFIN (Loi sur les services financiers) et la LEFin (Loi sur les établissements financiers), entrées en vigueur en 2020, ont restructuré le cadre réglementaire. Pour un investisseur agissant pour son propre compte via une holding, les contraintes sont limitées. Pour tout ce qui ressemble à de la gestion collective, la réglementation est stricte.

Conclusion

Le capital-investissement est une classe d'actifs légitime et potentiellement très rentable pour un investisseur sérieux, patient et bien informé. En Suisse, les opportunités existent — elles sont simplement moins visibles qu'ailleurs parce que le marché est discret par nature.

Le chemin le plus raisonnable pour un débutant : commencer par comprendre quelques secteurs en profondeur, construire un réseau de qualité, et faire un ou deux co-investissements modestes avant d'augmenter l'exposition. La conviction doit précéder le capital.